Rencontre avec Vincent debzac

Photographe / Globetrotter

Interview Vincent Debzac - Photographe - Picturamas - Boutique affiche photographie et papier peint
Picturamas – Bonjour Vincent. Pourrais-tu commencer par quelques mots pour te présenter à nos lecteurs? Et notamment qu’est-ce qui t’as conduit vers la photographie?

Vincent – Originaire du Jura, j’ai grandi dans un petit village, aimant me balader pendant des heures sur les chemins et les bois environnants. Ce goût de la marche, de l’observation, de la contemplation, a probablement forgé mon regard au fur et à mesure. Depuis, je suis donc un promeneur. Un jour, ce promeneur a voulu garder une trace, faire partager ce qu’il voyait. C’est comme ça que j’ai acheté mon premier appareil! Au début je photographiais des ciels, des champs, des ombres, des lampadaires… Puis j’ai découvert des maîtres de la photo: Robert DoisneauCartier-BressonDiane ArbusWilliam KleinSebastião Salgado, beaucoup de photographes humanistes, qui m’ont amené à poursuivre mon désir d’images. Et puis Raymond Depardon et Martin Parr que j’affectionne tout deux pour la limite qu’ils créent entre la photographie documentaire et la photographie d’art.

Comme dans d’autres activités que j’ai pour gagner ma vie, ou d’autres pratiques artistiques, je suis un autodidacte complet. Il me faut donc composer en permanence avec mes limites techniques et une constante envie de progresser, de représenter mon idée du réel. C’est l’avantage de l’autodidacte: il ne peut se suffire à lui-même, il doit en permanence se remettre en question.

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Picturamas – Tu as donc appris la photographie seul. N’as-tu jamais souhaité suivre une formation?

Vincent – J’ai appris la photo en autodidacte en effet. L’accès aux grandes écoles comme les Gobelins ou Arles est très difficile, très cher, et il me fallait gagner ma vie. J’ai donc essayé de concilier mes passions avec des jobs alimentaires en tout genre et c’est ainsi que je continue de vivre: photographe en station de ski, mais aussi vendeur, guide touristique, ouvrier agricole saisonnier, réceptionniste… et en ce moment, chargé de mission dans le domaine culturel, en parallèle de mon activité photo consacrée aux reportages de mariage, shootings et autres. Comme pour d’autres arts, je considère qu’acquérir de bonnes bases techniques est fondamental. Ça permet de réaliser ce que l’on a en tête, avec moins de questions pratiques. J’ai donc beaucoup lu et écouté d’autres photographes.

Picturamas – Quels avantages vois-tu à cette autodidaxie? N’est-ce pas parfois un frein, notamment dans l’utilisation de logiciels de traitement ?

Vincent – L’autodidacte doute en permanence, car il n’a pas une grande assise de connaissances. Pour autant ces doutes peuvent se transformer en forces supplémentaires car ils l’obligent à travailler « sous contraintes », à utiliser son manque de maîtrise complète pour aller souvent vers quelque chose, au final, de plus personnel. Par ailleurs, j’ai toujours été plus intéressé par la photo de reportage que par la photographie purement esthétique. Dans la photo de reportage, la technique repose alors sur la capacité à saisir un instant singulier, à comprendre son environnement, les lignes et l’espace qui le constituent, afin de mettre en image une réalité visuelle dont l’agencement nous convient. Les images de virtuosité technique, notamment en post-traitement, me séduisent beaucoup moins.

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Picturamas – Les clichés que tu as confiés à Picturamas proviennent de différents coins du globe. Tu sembles voyager beaucoup.

Vincent – Le voyage a toujours été une évasion extraordinaire pour moi. Je ne pars malheureusement pas autant que je voudrais. J’ai cependant vécu et travaillé pendant un an sur l’Île de Tasmanie, plus de 4 mois aux Etats-Unis, et ai voyagé en Inde, en Nouvelle-Zélande, dans plusieurs pays d’Europe et beaucoup en France!
Je rêve de repartir à nouveau pour une longue période. Le voyage est si différent quand on ne sait pas quand on va revenir.

Picturamas – As-tu déjà une idée de ta prochaine destination? Plus largement, y a-t-il un lieu où tu voudrais absolument te rendre pour shooter et le retranscrire à travers ton œil de photographe?

Vincent – J’ai plein d’idées de destination mais je ne sais pas encore quand je pourrai les réaliser! J’aimerais beaucoup retourner aux Etats-Unis et découvrir la campagne américaine, le Midwest, le Texas, l’Arizona. Je ne suis jamais allé en Russie ou en Chine, ça m’intéresserait beaucoup également. Mais aussi la Haute-Saône qui a, je pense, un fort potentiel photogénique.

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Picturamas – La Haute-Saône! Voilà une réflexion peu banale. Pour ceux qui ne le savent pas, la Haute-Saône est souvent décriée par les départements limitrophes. Peux-tu nous en dire plus sur ce qui t’interpelle dans cette région?

Vincent – Je pense que la Haute-Saône n’est pas considérée à sa juste valeur. C’est un département vraiment rural, avec peu de tourisme, sans doute car il n’y a pas de stations de ski comme dans le Haut Jura ou le Haut Doubs. Beaucoup en effet ne voit que peu d’intérêt à s’y promener. Pourtant, il y a dans ces paysages de plaine quelque chose de troublant: la rencontre avec une campagne imprégnée de siècles d’agriculture, des étendues de nature, des villages qui ont préservé un charme d’une autre époque. Et puis il y a les gens, fiers de leur pays. J’ai débuté l’année dernière une série de photos sur les fêtes de village en Franche-Comté, et j’ai toujours beaucoup aimé les ambiances qu’il y a là-bas. N’en déplaise à certains, il y a un sens du contact, une simplicité, un plaisir de vivre dans ce territoire qui m’intéresse définitivement. Les Haut-Saônois semblent souvent détachés de ce qui peut se passer dans les grandes villes, et çà, ça me plait. Alors vive le 70!

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Picturamas – Quels matériels utilises-tu?

Vincent – Je travaille avec un vieux reflex Nikon D3, et parfois un D7000. J’utilise la plupart du temps un 35mm ou 50mm. Je traite les images, sans faire véritablement de retouches. Le cadrage, la lumière aux moments de la prise de vue, le choix du sujet sont les points les plus importants pour moi.

Picturamas – Tu as évoqué plus tôt un certain nombre d’artistes photographes qui t’ont dirigé vers la photographie. Y en a-t-il un qui t’inspire en particulier dont tu souhaiterais nous parler?

Vincent – Raymond Depardon a été une vrai rencontre photographique. Son sens du cadrage, son rapport à l’humain, sa distance critique et bienveillante du sujet en font un des plus grands photographes humanistes français. Il a une formidable capacité à saisir un moment de singularité dans chaque personne, paysage, ou objet qu’il photographie. Il est rarement dans le spectaculaire, ou dans l’anecdotique. Ses images en sont ainsi d’autant plus fortes. Elles font véritablement appel à la sensibilité du regardeur. Et puis j’aime son parcours: fils de paysan, monté à Paris dans sa jeunesse, pour travailler quelques années plus tard au sein des plus grandes agences, Magnum et Gamma notamment. Sa sincérité et son investissement sont exemplaires. Bref, un mentor!

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Picturamas – Pourrais-tu nous parler de ton cheminement artistique. Autrement dit, qu’est-ce qui provoque chez toi le déclic pour prendre un cliché? Comment définirais-tu ta photographie?

Vincent – Je photographie avec une grande profondeur de champ, ce qui implique un certain agencement car le sujet n’est pas détaché de son environnement. La plupart du temps, je repère donc un espace qui me parle, et j’attends qu’un individu vienne s’y installer. J’essaie donc de faire une image composée, car c’est le rapport entre le sujet et le lieu qui m’intéresse. Mais il m’arrive également de déclencher instinctivement, quand tout se met en place naturellement. Il faut alors écouter son instinct et sentir que la photo va arriver… C’est d’ailleurs davantage comme ça que je procède pour ma série sur les fêtes de village en Franche-Comté.

Picturamas – Pourrais-tu évoquer un souvenir marquant à l’occasion d’une sortie photographique?

Vincent – Un jour, alors que je photographiais un cours de salsa au kiosque Granvelle (à Besançon, ndlr), un des danseurs m’a aperçu et est venu me demander d’effacer les images. On ne distinguait pas les visages sur les photos, car j’étais relativement loin et je photographiais en vitesse faible pour suggérer le mouvement. Il a néanmoins insisté pour visionner toutes les images et effacer celles où on apercevait sa silhouette, ce que j’ai fait. J’ai compris alors que la belle cavalière qui l’accompagnait n’était sans doute pas son épouse…

Les selfies font légion de nos jours, mais voir un photographe avec un appareil se promener dans la rue inspire souvent la méfiance… C’est le paradoxe actuel de notre rapport à l’image.

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Picturamas – Parles nous d’un (ou des) projet(s) dont tu es le plus fier?

Vincent – La fierté est un sentiment qui m’est assez éloignée, notamment dans le domaine de l’art. De tels maîtres ont traversé l’histoire, il y a tant de personnes talentueuses aujourd’hui, que je me sens tout à fait humble. Mais si je dois répondre, le projet dont je suis le plus fier, c’est forcément celui qui arrivera demain!

Picturamas – Quels sont tes projets à court terme?

Vincent – Très prochainement, dès que je serai un peu plus disponible, je compte (ré)explorer la Franche-Comté, tenter d’en apporter ma vision. Je ne l’ai que très peu photographiée bizarrement. C’est un pays pourtant qui définitivement me plait. Ça tombe bien, c’est là que je vis!

Picturamas – Comment t’imagines-tu dans quelques années?

Vincent – Avec une barbe grise, la démarche encore plus lente – symptomatique du contemplatif -, un Leica à la main, peut-être le M19 (!!!), et un smartphone dans la poche. Je n’ai aucun des deux. Le premier, parce que les Leica numérique sont hors-de-prix. Pour le second, parce que que je n’aime pas l’idée d’être connecté en permanence. Mais disons que dans quelques années, je serai riche et que j’aurai succombé à l’attrait multi-tâches du smartphone!

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Picturamas – Plus en lien avec ta photo, qu’est-ce qui te semble te faire défaut aujourd’hui et que tu aimerais améliorer au fil du temps dans ta prise de vue ou ta technique?

Vincent – Je réfléchis sans doute trop avant de photographier, car je n’aime pas l’idée d’être intrusif, de voler une image. Il y a quelque chose d’assez violent finalement dans le fait de pointer un objectif vers quelqu’un. On parle de « shooter » quelqu’un par exemple, le même mot qu’on utilise pour une arme à feu. Et j’ai le souci de composition qui parfois peut être un obstacle au captage d’un moment. Le photographe doit laisser parler son instinct s’il veut réaliser des images intéressantes.

Picturamas – Tu nous a contacté pour rejoindre Picturamas. Qu’est-ce qui t’as plu dans ce projet ?

Vincent –  Les photographes ont l’habitude d’évoluer seuls. C’est une bonne idée de regrouper des artistes du visuel au sein d’une même structure, et de proposer ainsi une diversité de supports liés à l’image.

Picturamas – Enfin, nous avons pris l’habitude de finir l’interview avec une question à choix. Pour toi, ce sera une question liée au retour d’une émission: ketchup ou mayo?

Vincent – Il a fallu que je recherche de quoi tu parlais sur « gougueule », mes connaissances télé s’arrêtant à peu près à l’époque de Magnum. Alors pour répondre à ta question: ketchup, on a Quarter Pounder with Cheese!

Picturamas – Merci beaucoup Vincent pour cette rencontre très riche, de t’être ainsi dévoilé et d’avoir partagé ta vision de ton art.

Voici des liens vers tes travaux: site internet et Facebook.

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